Partager l'article ! 2- Une fraternité à partager entre nous - Partager nos faiblesses et nos richesses: Jean Vanier, « la communauté, lieu du pardon e ...
Fraternité
paroissiale Notre Dame
de Nantes
Jean Vanier, « la communauté, lieu du pardon et de la fête »,
ed Fleurus, Bellarmin
1- L’autre jour, Coleen, qui vit en communauté depuis plus de vingt-cinq ans me disait : « j’ai toujours voulu être transparente dans la vie communautaire. Je voulais surtout éviter d'être un obstacle à l'amour de Dieu pour les autres. Maintenant je commence à découvrir autre chose : je suis un obstacle et je le serai toujours. Mais la vie communautaire n'est-elle pas de reconnaître que je suis un obstacle, de partager cela avec mes frères et sœurs et d'en demander pardon? »
II n'y a pas de communauté idéale. La communauté est faite de gens avec leurs richesses, mais aussi avec leurs faiblesses et leur pauvreté, qui s'acceptent mutuellement et se pardonnent, qui sont vulnérables les uns par rapport aux autres. Plus que la perfection et le dévouement, l'humilité et la confiance sont le fondement de la vie communautaire. (page 53)
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2- Accepter nos faiblesses et celles des autres est tout le contraire de la mièvrerie. Ce n'est pas une acceptation fataliste, sans espérance. C'est essentiellement un souci de vérité pour ne pas être dans l'illusion et pouvoir croître à partir de ce qu'on est et non de ce qu'on voudrait être, ou de ce que d'autres voudraient qu'on soit. Il faut être conscients de ce qu'on est et de ce que sont les autres, avec nos richesses et nos faiblesses, il faut être conscients de l'appel de Dieu et de la vie qu'il nous donne, pour pouvoir construire quelque chose ensemble. La puissance de la vie doit jaillir de la réalité de ce que nous sommes. (page 54)
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3- Plus une communauté s'approfondit, plus ses membres deviennent fragiles et sensibles. Quelquefois on pourrait croire le contraire : parce que les membres ont une telle confiance les uns dans les autres, ils devraient devenir de plus en plus forts. C'est vrai, mais cela n'écarte pas cette fragilité et cette sensibilité qui sont à la racine d'une grâce nouvelle et qui font qu'on devient en quelque sorte dépendant les uns des autres. Aimer c'est devenir faible et vulnérable; c'est lever les barrières, et briser ses carapaces par rapport aux autres; c'est laisser les autres entrer en soi, et user d'une grande délicatesse pour entrer en eux. Le ciment de l'unité, c'est l'interdépendance.
L'autre jour, Didier expliquait cela à sa manière, lors d'une rencontre communautaire : « Une communauté, ça se bâtit comme une maison, avec des pierres de toutes sortes. Mais ce qui tient les pierres ensemble, c'est le ciment. Et le ciment, lui, est fait de sable et de chaux, qui sont des matériaux si fragiles! Un coup de vent et ils s'envolent, deviennent poussière. De même, dans la communauté, ce qui nous unit, notre ciment, est fait de ce qui en nous est le plus fragile et le plus pauvre ». (page 55)
4- Thérèse de Lisieux écrit qu'en méditant sur le commandement de Jésus, d'aimer les autres comme Lui les aime, elle avait compris combien son amour pour ses sœurs était imparfait : « J'ai vu que je ne les aimais pas comme le Bon Dieu les aime. Ah! je comprends maintenant que la charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s'étonner de leurs faiblesses, à s'édifier des plus petits actes de vertu qu'on leur voit pratiquer . » (Manuscrits autobiographiques, Coll. Livre de Vie, p. 257.)
Aimer les autres, c'est reconnaître leurs dons et les aider à les développer; c'est aussi accepter leurs blessures et être patients et compatissants envers eux. Si nous ne voyons que leurs dons et leur beauté, nous attendons trop d'eux, nous les idéalisons. Si nous ne voyons que leurs blessures, nous en faisons trop pour eux - ou nous les rejetons - et nous risquons de les empêcher de grandir. (page 50)
5- Utiliser son don, c'est construire la communauté. Ne pas être fidèle à son don, c'est nuire à toute la communauté et à chacun de ses membres. Il est donc important que chaque membre connaisse son don, l'exerce et se sente responsable de sa croissance; qu'il soit reconnu dans son don par les autres et qu'il leur rende compte de l'utilisation qu'il en fait. Les autres ont besoin de ce don, et ils doivent encourager celui qui l'a reçu à le faire grandir et à y être fidèle. Chacun suivant son don trouve sa place dans la communauté. Il devient non seulement utile mais unique et nécessaire aux autres. De cette façon-là seulement les rivalités et les jalousies s'évanouissent. (page 56)
6- La jalousie est un des fléaux qui détruisent la communauté. Elle provient de ce qu'on ignore son propre don ou qu'on n'y croit pas assez. Si on était assez convaincu de son propre don, on ne jalouserait pas celui des autres, qui a toujours tendance à nous paraître plus beau. (page 57)
7- Et il ne faut pas regarder uniquement le don plus extérieur qui peut être lié à un talent naturel. Il y a des dons cachés, latents, beaucoup plus profonds, liés aux dons de l'Esprit Saint et à l'amour, qui sont appelés à fleurir. (page 57)
8- Bonhoeffer dans son livre intitulé De La Vie Communautaire ( Dietrich Bonhoeffer, De la Vie Communautaire, Foi vivante, n» 83, p. 95) parle de différents ministères nécessaires à la communauté : celui de tenir sa langue, celui de l'humilité et de la douceur, celui de savoir se taire quand on vous critique, celui de l'écoute, celui d'être toujours prêt à rendre service dans les petites choses de la vie, celui de porter et supporter les frères, celui de pardonner, celui de proclamer la parole, de dire la vérité et finalement le ministère de l'autorité.
Daniel Ange, « L’amour fraternel qui donne d’exister », ed.des béatitudes
1-Chacun et chacune, est un trésor. Trésor souvent caché dans un pauvre emballage. J'avais un jour fait une quête pour la « Pentecôte des pauvres », organisée par le Pain de Vie. Une dame est venue me glisser un sale bout de papier journal, que je glissai hâtivement dans ma poche. Le soir, m'apprêtant à le jeter, je suis intrigué par une chose dure dedans : je déplie : un authentique lingot d'or ! Tant de lingots d'or sont jetés à la poubelle, trompés que nous sommes par l'emballage ! Bref, aussi mal ficelé que soit l'emballage, devine la perle cachée, pour toi préparée. Et sois prêt à beaucoup t'investir pour l'acquérir. (page 153)
2-II ne suffit pas que je découvre, encore faut-il que j'accueille, et cela, du fond du cœur, le cadeau ainsi offert. Parfois, le cadeau n'est pas celui que j'attendais, espérais, demandais. Au fur et à mesure que je le « déballe », je puis en être déconcerté, sinon carrément déçu. Il répond si peu à mon attente ! Je me mets à douter : est-il vraiment donné par Dieu lui-même ? Serait-ce possible ? En tout cas, si c'est lui, alors il faut l'avouer, il n'a pas beaucoup de goût ! Du moins, il ne connaît pas les miens ! Et pourtant,
donnés (pour toujours parfois) les uns aux autres, à nous (chaque jour) de nous accueillir les uns les autres. (page 154)
3- Accueille ton frère comme le pauvre que Dieu met sur ton chemin. Et sois pour lui ce pauvre que Dieu lui donne d'aimer. (page 155)
4 - Plus je découvre les limites, faiblesses et failles de mon frère, plus je l'aime. Et plus mon amour va le faire grandir, mûrir, guérir... La faiblesse de mon frère provoque ma tendresse, comme la mienne attire celle de Dieu. Il se sait compris, se voit regardé, se sent aimé, non pour ce qu'il paraît, mais pour ce qu'il est. (Page 162)
5- « Qui cache sa misère, chasse la Miséricorde » (St Bernard). C’est bien simple : plus je découvre mes limites et faiblesses, plus je puis aimer mon frère, ma sœur, non pas malgré mais à cause des siennes. page 164)