Partager l'article ! 3- Une fraternité à partager entre nous : Veiller les uns sur les autres par la prière: Dietrich Bonhoeffer , « De la vie communautaire& ...
Fraternité
paroissiale Notre Dame
de Nantes
Dietrich Bonhoeffer , « De la vie communautaire », ed.Cerf
Chaque chrétien possède son cercle de connaissances qui réclament son intercession, ou pour lesquelles il se sent appelé à prier. Ce sont avant tout ceux avec lesquels il doit vivre tous les jours. Nous nous trouvons ici au centre vital de la vie communautaire. Une communauté chrétienne vit de l'intercession de ses membres, sinon elle meurt. Quand je prie pour un frère, je ne peux plus, en dépit de toutes les misères qu'il peut me faire, le condamner ou le haïr. Si odieux et si insupportable que me soit son visage, il prend au cours de l'intercession l'aspect du frère pour lequel le Christ est mort, l'aspect du pécheur gracié. Quelle découverte apaisante pour le chrétien que l'intercession : il n'existe plus d'antipathie, de tension ou de désaccord personnel dont, pour autant qu'il dépend de nous, nous ne puissions triompher. L'intercession est le bain de purification où, chaque jour, le fidèle et la communauté doivent se plonger. Elle peut signifier parfois une lutte très dure avec tel d'entre nos frères, mais une promesse de victoire repose sur elle.
Comment est-ce possible ? C'est que l'intercession n'est rien d'autre que l'acte par lequel nous présentons à Dieu notre frère en cherchant à le voir sous la croix du Christ, comme un homme pauvre et pécheur qui a besoin de la grâce. Dans cette perspective, tout ce qui me le rend odieux disparaît, je le vois dans toute son indigence, dans toute sa détresse, et sa misère et son péché me pèsent comme s'ils étaient miens, de sorte que je ne puis plus rien faire d'autre que prier : Seigneur, agis toi-même sur lui, toi seul, selon Ta sévérité et Ta bonté. Intercéder signifie mettre notre frère au bénéfice du même droit que nous avons reçu nous-mêmes, le droit de nous présenter devant le Christ pour avoir part à sa miséricorde.
Par là nous voyons que l'intercession est un service que nous devons chaque jour à Dieu et à nos frères. Refuser à notre prochain notre intercession, c'est lui refuser le service chrétien par excellence. Nous voyons également que l'intercession est, non pas une chose générale, vague, mais un acte absolument concret. Il s'agit de prier pour telles personnes, pour telles difficultés. Plus l'intercession est précise, et plus aussi elle est féconde.
Nous ne pouvons plus enfin nous dissimuler que l'acte de l'intercession réclame du temps de la part de tous les fidèles, et surtout de la part du pasteur qui a la responsabilité d'une paroisse entière. Bien comprise, elle suffirait à remplir notre recueillement quotidien. De toute manière, elle se révélera de plus en plus comme un don de la grâce de Dieu à chaque chrétien et à chaque communauté de chrétiens. Ce qui nous est offert ici est tellement immense que nous voulons nous en emparer de tout notre cœur. Notre joie au service de Dieu et de la communauté se renouvellera tous les jours suivant le temps que nous aurons su consacrer à l'intercession. (page 85)
Daniel Ange, « L’amour fraternel qui donne d’exister », ed.des béatitudes
Comme Moïse, m'interposer pour cette petite portion du peuple qui m'est confiée. Implorer le pardon pour ses infidélités, et surtout pour les miennes. Rentrer dans l'intercession de la Mère de Dieu à Cana. Signaler discrètement au Maître ce qui ne va pas pour untel, pour tous : « La joie diminue, l'unité se relâche... Il y a un peu de contestation... La tension monte... Fais donc quelque chose ! »
Chaque jour, égrener chaque nom comme une litanie. Dans notre regard tourné vers Lui, il verra défiler chaque visage. Notre intercession déclenchera son intervention. Des choses se passeront ou non, suivant que nous aurons prié ou non. Tout rejaillira de cette intercession pénétrée de louange pour chacun de ceux qui sont confiés à mon cœur. (page 225)
Antoine Bloom, « L’école de la prière », ed.Livre de Vie
Saint Silouane du Mont Athos était un homme étonnant et il dirigea pendant de longues années les ateliers de son monastère. Dans ces ateliers travaillaient de jeunes paysans russes qui passaient un ou deux ans au Mont Athos afin d'y amasser, sou par sou, quelques centaines de francs, au maximum : de quoi leur permettre, une fois rentrés au village, d'y fonder un foyer, de se bâtir une cabane et d'acheter la semence nécessaire pour une première récolte.
Un jour, les moines qui dirigeaient d'autres ateliers lui demandèrent : « Père Silouane, comment se fait-il que vos ouvriers travaillent si bien alors que vous ne les surveillez pas, tandis que les nôtres, que nous ne quittons pas des yeux, essaient tout le temps de nous tromper ? »
Le père Silouane répondit : « Je l'ignore. Tout ce que je peux vous dire c'est comment je fais, le matin, je n'entre jamais à l'atelier sans avoir 'abord prié pour tous ces braves garçons ; je vais eux le cœur rempli de compassion et d'amour : lorsque je pénètre dans l'atelier je les aime tant que des larmes d'amour inondent mon âme. Je leur distribue la tâche pour la journée et, comme
je suis résolu à prier pour eux tout le temps que durera leur travail, je regagne ma cellule et je prie pour chacun d'eux en particulier. Je me mets en présence de Dieu et je lui dis : « Mon Dieu, souviens-toi de Nicolas. Il est jeune, tout juste vingt ans et il a laissé au village sa femme qui est encore plus jeune que lui et leur premier enfant. Peux-tu imaginer quelle misère l'a contraint à les quitter et cela parce qu'il ne pouvait pas les faire vivre par son travail ? En son absence veille sur eux. Protège-les de tout mal. Donne-lui le courage de venir à bout de son année ici et de retourner en Russie pour y retrouver les siens dans la joie, avec assez d'argent mais aussi de courage pour affronter les difficultés. »
II poursuivit : « Au début, je priais avec des larmes de compassion pour Nicolas, sa jeune femme et leur petit enfant mais, à mesure que je priais, le sentiment de la présence divine m'envahissait de plus en plus ; à un certain moment, il devint si intense que, perdant de vue Nicolas, sa femme, leur enfant, leurs besoins, leur village, je n'eus plus conscience que de Dieu seul. Le sentiment de la présence de Dieu m'entraîna dans un recueillement de plus en plus profond ; soudain, au sein même de cette présence, je rencontrai l'amour de Dieu et, au cœur de cet amour, Nicolas, sa jeune femme et l'enfant ; alors, avec l'amour même de Dieu, je recommençai à prier pour eux ; mais je me sentis derechef attiré dans de nouveaux abîmes au fond desquels je rencontrai une fois de plus l'amour de Dieu. C'est ainsi que se passent mes journées : je prie pour chacun de mes ouvriers, tour à tour, l'un après l'autre ; à la fin de la journée je leur dis quelques paroles, nous prions ensemble et ils vont se reposer. Quant à moi, je regagne le monastère pour m'y acquitter de mes devoirs monastiques. » (page 154)