Partager l'article ! 4 - Une fraternité à partager entre nous : Veiller les uns sur les autres par la parole et l'écoute: Dietrich Bonhoeffer , « De la vie c ...
Fraternité
paroissiale Notre Dame
de Nantes
Dietrich Bonhoeffer , « De la vie communautaire », ed.Cerf
Le premier service dont nous sommes redevables aux autres membres de la communauté, c'est de les écouter, De même que le commencement de notre amour pour Dieu consiste à écouter sa parole, de même le commencement de l'amour du prochain consiste à apprendre à l'écouter. C'est le propre de l'amour de Dieu pour nous qu'il ne se borne pas à nous parler, mais aussi à nous écouter. Apprendre à écouter notre frère, c'est donc faire pour lui ce que Dieu a fait pour nous.
Certains chrétiens, et en particulier les prédicateurs, se croient toujours obligés de « donner quelque chose > lorsqu'ils se trouvent avec d'autres hommes. Ils oublient qu'écouter peut être plus utile que parler. Beaucoup de gens cherchent une oreille qui veuille les entendre, et ils ne la trouvent pas chez les chrétiens, parce que les chrétiens se mettent à parler là où ils devraient savoir écouter. Mais celui qui ne peut plus écouter son frère finit par ne plus pouvoir écouter Dieu lui-même et vouloir sans cesse lui parler. Il introduit ainsi un germe de mort dans sa vie spirituelle, et tout ce qu'il dit finit par n'être plus que bavardage religieux. A ne pas pouvoir accorder une attention soutenue et patiente aux autres, on leur parlera toujours en étant à côté de la question, et cela, finalement, sans même plus s'en rendre compte. Celui qui estime son temps trop précieux pour pouvoir le perdre à écouter les autres n'aura en fait jamais de temps pour Dieu et le prochain ; il n'en aura plus que pour lui-même, pour ses discours et ses idées personnels. (…) On peut écouter à demi, en se persuadant qu'au fond on sait déjà tout ce que l'interlocuteur a à dire. C'est l'attitude impatiente, distraite, qui méprise le prochain et où l'on n'attend que le moment de pouvoir enfin placer son mot pour être quitte (…)
Nous devons écouter avec les oreilles de Dieu afin de pouvoir nous adresser aux autres avec sa parole. ( pages 98-99)
Une règle essentielle de la vie chrétienne communautaire, c'est donc que chacun s'interdise de prononcer la moindre parole secrète sur le compte d'autrui. Il va de soi — et nous le montrerons encore — qu'il n'est pas question ici de la réprimande personnelle. Mais même là où nous prétendons apporter une aide et où notre intention semble bonne, nous ne sommes jamais autorisés à porter n'importe quelle forme de jugement sur les autres ; car c'est précisément sous cette apparence de légitimité que l'esprit de haine et de méchanceté saura le mieux se réintroduire en nous. (…)
Bibliquement la chose est claire : « Tu t'assieds et tu parles contre ton frère, tu diffames le fils de ta mère... mais je vais te reprendre et tout remettre sous tes yeux » (Ps. 50, 20 s.). « Ne parlez point mal les uns des autres, frères. Celui qui parle mal d'un frère, ou qui juge son frère, parle mal de la loi et juge la loi. Or, si tu juges la loi, tu n'es pas observateur de la loi, mais tu en es juge. Un seul est législateur et juge, c'est celui qui peut sauver et perdre ; mais toi, qui es-tu, qui juges le prochain ? » (Jacq. 4, 11 s.). « Qu'il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, mais s'il y a lieu quelque bonne parole, qui serve à l'édification et communique une grâce à ceux qui l'entendent » (Eph. 4, 29).
Dans une communauté où l'on observe dès le début cette discipline de la langue, chaque fidèle en particulier pourra faire une découverte incomparable. Il lui sera donné de ne plus observer sans cesse son prochain, pour le juger, le condamner, le remettre en place et faire pression sur lui. (…) Dieu n'a pas créé mon prochain comme je l'aurais créé, moi. (…) Dans sa liberté de créature de Dieu, le prochain devient pour moi un sujet de joie, alors qu'auparavant il m'était une cause de fatigue et de souci. Dieu ne veut pas que je façonne le prochain selon l'image qui me paraît convenable, c'est-à-dire selon ma propre image, mais il l'a créé selon son image, indépendamment de moi. (pages 93-94)
Plus nous apprendrons à nous laisser prendre à partie par le prochain et à accepter avec humilité et reconnaissance des reproches et des exhortations même très sévères de sa part, plus aussi nous pourrons mettre de liberté et d'objectivité dans ce que nous avons à lui dire nous-mêmes. Celui dont la susceptibilité ou l'amour-propre empêche d'accepter qu'un frère lui dise franchement ce qu'il pense, ne trouve plus lui-même l'humilité nécessaire pour dire la vérité aux autres, car il a peur d'être contredit et d'avoir ainsi un nouveau sujet de se sentir froissé. (…) Parce qu'il ne cherche et ne craint rien pour soi, l'homme devenu humble de cœur est capable d'apporter aux autres le secours de la parole.
La réprimande s'impose dans tous les cas où un frère cède à un péché manifesté ; Dieu la commande. La discipline ecclésiastique doit commencer à s'exercer en partant des cercles les plus étroits de la paroisse. Il faut oser parler clair et ferme toutes les fois que la communauté familiale — et par là même l'Église tout entière — est menacée par une manière de vivre ou de penser qui renie la parole de Dieu. Rien ne peut être plus cruel que cette forme d'indulgence qui laisse simplement le prochain- dans son péché. Et rien ne peut être plus charitable qu'une sévère réprimande qui le sort de sa voie coupable. (…) (Dieu) a mis sa parole dans notre bouche. Il veut qu'elle soit dite par nous. Si nous retenons sa parole, le sang de notre frère retombera sur nous. Si au contraire nous osons la proclamer, Dieu daignera se servir de nous pour sauver notre frère. « Celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s'était égaré, sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jacq. 5, 20). (pages 108-109)
Daniel Ange, « L’amour fraternel qui donne d’exister », ed.des béatitudes
Aux grands moments, on peut se bénir par un mot simple et profond.
Non plus seulement : « J'ai besoin de toi », ou « J'ai confiance en toi », mais bien plus encore : « Merci d'exister ! Merci d'être toi ! Merci d'être enfant de Dieu ! »
Se bénir, mais aussi bénir ensemble le Seigneur pour simplement notre communauté, notre fraternité, notre famille. Cette louange unanime est expression mais aussi source de notre Koïnonia (=communion). (page 165-166)
Jean Vanier, « la communauté, lieu du pardon et de la fête », ed Fleurus, Bellarmin
Je suis frappé de ce que le partage de nos faiblesses et de nos difficultés soit un stimulant plus grand pour les autres que le partage de nos qualités et de nos réussites. Au fond, en communauté, on a toujours tendance à se décourager. On croit que les autres font mieux ou qu'ils n'ont pas les mêmes luttes. Quand on découvre qu'on est tous embarqués dans le même bateau, qu'on a tous les mêmes peurs et lassitudes à l'intérieur de soi, cela nous aide à continuer.
C'est curieux comment l'humilité d'une personne nourrit les autres. C'est parce que l'humilité est vérité, elle est signe de la présence de Dieu. (page 184)
Un des plus grands péchés dans une communauté est peut-être une certaine forme de tristesse et de morosité. C'est facile de rester avec quelques amis à critiquer les autres, en disant « ras-le-bol », « tout va mal », « ce n'est plus comme avant ». Cet état d'esprit, inscrit sur le visage des gens, est un véritable cancer qui peut se répandre à travers tout le corps. La tristesse comme l'amour ou la joie sont des ondes qui se propagent immédiatement. On est tous responsables de l'atmosphère de la communauté. On peut nourrir les autres par la confiance et l'amour, ou les empoisonner par la tristesse et toutes sortes de critiques. (page 185)