Partager l'article ! 6 - Une fraternité à partager entre nous - Partager le repas fraternel: Dietrich Bonhoeffer, « De la vie communautaire », ed.Cerf&n ...
Fraternité
paroissiale Notre Dame
de Nantes
Dietrich Bonhoeffer, « De la vie communautaire », ed.Cerf
Depuis qu’il s’est mis à table avec ses disciples ; Jésus-Christ est présent pour bénir les siens toutes les fois qu'ils s'assemblent pour le repas. « Pendant qu'il était à table avec eux, il prit le pain ; et après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent » (Luc 24, 30-32 ) (…)
C'est ainsi que le repas quotidien des chrétiens les lie à leur Seigneur et les unit entre eux d'une manière unique. Ils reconnaissent que c'est Jésus-Christ qui rompt leur pain ; les yeux de leur foi se sont ouverts.
Le repas des croyants ressemble à une fête. Au cours de la journée de travail il nous rappelle sans cesse le repos de Dieu après son œuvre, le sabbat qui donne son sens et son but à la peine de la semaine. Vivre, ce n'est pas seulement travailler et peiner, c'est aussi se rafraîchir et se réjouir des bontés de Dieu. Nous travaillons, mais Dieu nous nourrit et nous conserve en vie. Nous devons nous en réjouir. Il ne faut pas que l'homme mange son pain avec souci (Ps. 127, 2), mais, comme dit l'Ecclésiastique : « Mange avec joie ton pain » (9, 7), « j'ai donc loué la joie parce qu'il n'y a de bonheur pour l'homme sous le soleil, qu'à manger et à boire et à se réjouir » (8, 15) ; toutefois « qui peut manger et se divertir sans Lui ? » (2, 25) '. Il est dit des septante vieillards d'Israël qui sont montés avec Moïse et Aaron sur le Sinaï : « Après avoir vu Dieu, ils mangèrent et burent » (Ex 24,11). Dieu n’admet pas que nous mangions notre pain dans la tristesse, la hâte ou l’humiliation. Le repas de chaque jour est un moment de joie auquel il nous appelle comme une fête. (..)
Le repas en commun enseigne aux chrétiens qu’ils mangent encore pour le moment le pain des pèlerins. Mais en le partageant entre eux, ils se souviennent qu’ils recevront un jour ensemble le pain incorruptible dans la maison du Père. « Heureux qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu » (Luc 14,15).
(pages 63-65))
Jean Vanier, « la communauté, lieu du pardon et de la fête », ed Fleurus,
Bellarmin
Une célébration est l'acte spécifique d'une communauté par lequel les personnes se réjouissent et rendent grâce au Père de les avoir liées ensemble ; de veiller sur elles et de les aimer; de ce qu'elles ne sont plus isolées, enfermées dans leur isolement et leur indépendance mais un seul corps où chacune d'elle a sa place. La fête est le cri de joie de tous ceux qui ont fait alliance ensemble parce qu'ils ont été conduits de l'isolement à l'alliance, du découragement à l'espérance. (…)
Chaque personne vit le quotidien avec tout ce que cela implique de fastidieux : les jours se ressemblent, on salit, on nettoie, on retourne la terre, on sème et on récolte. On a de longues heures de transport pour aller à un travail qui est frustrant, et là, il faut de la discipline, de l'efficacité; le programme doit être respecté, ce qui provoque une tension (…) Le cœur humain a besoin de quelque chose qui soit au-delà des limites et des frustrations du train-train quotidien. Il est assoiffé d'un bonheur qui semble inaccessible sur la terre; il aspire à l'infini, à l'universel, à l'éternel, à quelque chose qui donne un sens à la vie humaine et à ce quotidien fastidieux. La fête est comme un signe de cet au-delà qu'est le ciel. Elle est le symbole de ce à quoi l'humanité aspire : une expérience glorieuse de communion totale. (page 312)
Le repas est la petite fête quotidienne où l'on se retrouve tous autour de la même table pour se nourrir et se rencontrer dans le partage et la joie. Il apporte une jouissance particulière au corps et à la sensibilité. Il ne faut donc pas l'expédier le plus vite possible sous prétexte de faire des choses plus importantes ou plus spirituelles. C'est un événement communautaire important qui doit être bien préparé et pleinement vécu. Le repas est le temps où on mêle la joie de bien manger et boire avec la joie de la rencontre. C'est une réalité merveilleusement humaine. Le lien entre le repas et l'amour trouve ses origines dans les premiers repas de l'enfant. Pour une mère, nourrir son enfant est un geste d'amour qui se réalise dans la présence mutuelle, la joie et le jeu; un enfant qui n'est pas nourri avec amour, et qui reçoit mécaniquement le biberon connaît des troubles digestifs. Les humains ne mangent pas comme les animaux, chacun dans son coin. L'amitié et l'amour viennent humaniser cette réalité si matérielle. (page 320)
Dans nos communautés de l'Arche, à la fin du repas, quand il y a eu des oranges pour dessert, on commence parfois à se jeter les pelures. Tout le monde s'en mêle. Un jour, après une telle soirée, un Anglais en visite a demandé si c'était une tradition en France; je ne pense pas que ce soit une tradition mais je sais que c'est un moment pour certaines personnes de sortir de leur isolement et de s'exprimer dans la joie, surtout si elles ne peuvent pas communiquer par la parole (…) J'avais expliqué cette façon de célébrer lors d'une retraite que je donnais en Nouvelle-Zélande à des supérieures majeures d'ordres religieux. Le dernier soir, nous avons eu un repas-célébration en présence de l'évêque. Et par hasard, nous avions des oranges pour le dessert ! C'était quelque chose de voir les mères provinciales très sérieuses et jusqu'alors un peu guindées s'en donnant à cœur joie avec les pelures d'oranges, sous le regard plutôt étonné de l'évêque... qui n'avait pas assisté à la retraite. Il a fallu que je lui donne quelques explications ! (pages 322-323)
J'ai toujours aimé cette parole du Roi de la parabole à ses serviteurs quand il leur demande d'aller chercher les pauvres, les estropiés : « Conviez aux noces tous ceux que vous pouvez trouver » (Mt 9, 2). Conviez l'humanité entière à la fête ! Nous ne sommes pas faits pour être tristes, pour travailler tout le temps, pour obéir sérieusement à la loi ou pour lutter. Nous sommes tous conviés aux noces. Et nos communautés doivent être signes de joie et de fête. Si elles le sont, il y aura toujours des personnes pour s'y engager. Les communautés tristes sont stériles; elles sont des mouroirs. Certes, nous n'avons pas sur la terre la joie en plénitude, mais nos fêtes sont de petits signes de la fête éternelle, de ces noces auxquelles nous sommes tous invités. (page 326)
1 – Lorsque nous sommes à table, reconnaissons-nous Jésus-Christ en tant qu'Hôte ? Avons-nous des exemples concrets de repas où nous avons senti Jésus parmi nous ?"
2 – Notre Fraternité paroissiale est-elle
signe de joie et de fête ? Comment y participons-nous ?